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De l'autre côté du miroir d'Alice

Une réalité à l'épreuve de mes idéaux sociaux

4 Décembre 2014, 20:11pm

Publié par Alice

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Malgré le titre un peu pompeux, autour duquel j'ai longtemps tourné, l'épisode que j'ai vécu cet après-midi me fait fortement cogiter.

Représentante des parents d'élèves à l'école d'un Blond, je me suis proposée pour être lutin du Père Noël durant deux heures afin d'envelopper les livres qu'ils recevront  en cadeau de la part de la mairie. Une autre Maman que je ne connaissais pas s'est jointe à moi.

Et, j'ai vécu deux heures où j'ai confronté mon univers à un monde totalement parrallèle au mien.

Pour information : je pense et ai conscience d'être privilégiée. Nous travaillons, avons deux salaires dont le mien assez confortable, pour des emplois à plutôt bonne représentation sociale, sommes propriétaires (dans 20 ans) d'une maison avec jardin en ville. Je donne, dans la mesure du possible, du temps et des biens matériels à ceux qui en ont besoin. J'élève mes enfants dans le souci de l'autre et le refus de l'indifférence à la misère. Je travaille certes dans la formation, mais surtout l'insertion avec des jeunes dont les revenus des parents ne dépassent pas 12 000 euros annuels. Bref, j'éprouve de la compassion, de l'empathie et, à ma manière, je tente, au quotidien de mettre ma bienveillance au profit de ceux qui en éprouvent le besoin. Je trouve donc, à priori normal le système de répartition français, et le fait de payer plus d'impôts que ceux qui gagnent moins.

Même si je suis souvent heurtée par les préjugés, je ne m'illusionne pas sur le fait que certains raccourcis sont faciles à faire. Pourtant, je suis souvent révoltée contre les généralisations.

Cette dame donc, avec laquelle j'ai emballé une cinquantaine de livres m'a totalement mis face au caractère quelquefois utopique de mes idéaux. Nous vivons dans une ville communiste, elle est allocataire du RSA, son mari également, ne paie ni restauration scolaire, ni garderie, ni activités sportives, artistiques (dont ils ne bénéficient pourtant pas), ni centre de loisirs. M'affirme qu'il est plus facile de vivre confortablement pour elle que pour moi, puisque grâce à l'APL, aux aides diverses, elle a pu offrir trois tablettes à ses enfants. S'est montrée choquée que j'ai un enfant en si bas âge à 39 ans (alors qu'elle en a 24 avec 3 enfants), s'est vantée d'être libre de coucher ses enfants à 22 heures si ça lui plaisait parce que les règles strictes ça ne rend pas heureux. Travailler serait renoncer à toutes ces aides, dont la prime de Noël et ni son époux, ni elle, ne se sentent prêts à cela.

De confidences en confidences, j'ai senti un fossé énorme se creuser. Un monde dans lequel il n'était pas possible de nous comprendre. Je parlais blanc, elle répondait gris, auquel je rétorquais noir. 

J'ai tenté tout de même d'expliquer à cette mère que je n'étais pas une mauvaise mère à travailler, à avoir mis mes enfants en crèche. Que prendre un congé parental ne nous offrait pas la possiblité de payer le loyer de la maison. Qu'à ma manière je tentais d'offrir le maximum à mes enfants, que même si ma famille ne regardait pas Super Nanny en dînant le soir, j' inculquais des valeurs éducatives aussi. Que, finalement, elle et moi, faisions ce que nous pouvions pour rendre nos enfants heureux.

Je ne comprends pas. Je ne saisis pas.Je ne détiens pas la vérité mais je n'ai pas accès à ce monde qui m'apparait si étranger au mien.

Ce que je comprends en revanche, c'est qu'avec de tels discours, les préjugés, les colères et sentiments d'injustice auront longtemps la part belle...

 

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Louise 09/12/2014 15:27


Cette jeune femme tient juste un discours, mais elle sait parfaitement que sa façon de vivre est bien loin "d'un idéal". Cet idéal que tu représentes à ses yeux j'en suis sûre, mais elle n'a pas
envie de fournir le moindre effort pour y parvenir. C'est donc plus facile de dénigrer, de se plaindre, ou de forcer le trait...


Sinon j'aime beaucoup ton blog que j'ai découvert presque par hasard, enfin suite à ma lecture de Ces instants-là.

Mamievlin 07/12/2014 21:15


J'ai toujours détesté les préjugés aussi, tout comme les catégories, mettre les gens dans des cases. Mon côté verseau.. j'ai aussi du mal avec le système d'aides français qui pour moi n'incite
pas les gens à travailler. Pas mal des nounous que j'ai pu embaucher en 3 ans (j'en ai connu quand même déjà 6...) me l'ont fait comprendre. Et dans mon île, c'est aussi assez flagrant. Trop
d'aides et pas assez d'efforts sur les valeurs du travail et du respect. Comme toi, travailler est pour moi un besoin et je suis fière de montrer à mes enfants cette image d'une maman qui
travaille et aussi d'essayer de leur inculquer des valeurs, le goût des livres, de la culture. C'est difficile de se rendre compte et d'accepter qu'il puisse en être autrement.

OhOceane 07/12/2014 15:24


C'est violent. je comprends tout à fait ce que tu as pu resentir. Dis toi que cette femme ne représente qu'elle-même, et que les personnes dans sa sitiation n'en ont pas tous la même perception
!!


Quant aux questions d'éducation, je suis plus proche des tiennes, et je crois malheureusement qu'abandonner l'idée des règles et des valeurs ne rapprochent pas de la liberté, au contraire...

Loonabella 06/12/2014 09:51


Malheureusement c'est la triste réalité de  certaines personnes. 


Personnellement je suis en congé parental mais j'aurai préféré continué à bosser, parfois j'arrive à avoir honte d'être en CP à élever mes enfants, franchement je me sens innutile et ai
l'impression d'être un peu comme cette dame. Même si mon mari boss et que mise à part mon CP j'ai toujours bossé... Franchement après chacun a les valeurs qu'il veut et éduque ses enfants comme
il le souhaite. Mais n'empêche que je me demande bien ces enfants quelle vision de leurs parents vont-ils avoir. 

Estellecalim 05/12/2014 22:55


Au Havre, il y a de nombreuses familles qui vivent et pensent de la même façon. Je pense aussi qu'il y a un gros problème dans notre système d'aide et si je suis comme toi et trouve normal de
payer des impots, je ne peux m'empêcher de trouver parfois injuste de ne pas avoir droit à certaines choses alors que nous cotisons et payons nos impots face à des familles qui considèrent ces
mêmes avantages comme des droits sans contre partie. Il me semble que certains hommes politiques veulent qu'il y ait des impots sur les aides quand elles sont ainsi équivalentes à des revenus. Ce
serait peut-être un premier pas. 

Stephie 05/12/2014 16:12


Une réalité triste à constater. Du moins pour nous. 

Alice 05/12/2014 21:43



Oui. En fait cela m'a fait peur. Ca peut pas tenir comme ça cette société, si?



Stephie 05/12/2014 16:11


Ton billet me parle beaucoup,  nous qui vivons dans un quartier chaud et pauvre de Marseille, où la tendance est plus au nivellement par le bas qu'à la "culture". Où les enfants sont soit
pourri-gâtés, soit livrés à eux même. Avec des valeurs tellement différentes de celles qu'on tente de transmettre à nos cacahuètes. 

Alice 05/12/2014 21:43



Je côtoie ce fossé au quotidien aussi avec le boulot mais là je ne sais pas, le fait d'être enfermée dans 10 mètres carrés avec une femme souffrant de logorrhée verbale, ça m'a complètement fait
perdre pied



Geneviève T. 05/12/2014 13:40


moi qui ai eu un parcours qui resemble au tien, j'ai du mal à imaginer ces autres mondes...et   je pense que l'aperçu que cette personne t'a donné, c'est la partie visible de l'iceberg.....
drôle de temps quand même!


Ceci dit, elle était volontaire pour donner un coup de main, alors saluons cet effort! :-(

Alice 05/12/2014 21:41



Oui, elle est impliquée dans la vie de l'école même si elle ne respecte pas les cadres (en retard tous les matins, enfants non scolarisés le mercredi).


Après, j'ose imaginer qu'm s'agit plus d'une personnalité particulière !



PetitDiable 05/12/2014 10:31


J'avoue que face aux discours pleins de préjugés ja'i souvent du mal à garder mon calme.

Alice 05/12/2014 21:39



Mmmm idem.


Les préjugés en général (les profs, les femmes, les directeurs...) ça m'énerve!



arlette 05/12/2014 00:07


tout d'abord , je ne crois pas que toutes ces aides existent chez nous ....


Je ne suis pas sure que ce genre de vie d'assistée m'aurait plu....j'en suis même s^re et on se débrouillais tres bien avec les 3 enfants ...


maintenant la maison est a nous et nous avons tous deux une belle retraite que nous avons gagnée par des années de travail ...


bises et bon we

Alice 05/12/2014 21:37



Alors là c'est chouette de bien vivre la vie présente, et c'est mérité!


Bises, bon week-end Arlette



Lily 04/12/2014 22:10


C'est malheureux.... mais vrai. Je vivais bien mieux quand je bossais moins car j'avais plus d'aides... Je comprends que ça ne motive pas certains à travailler... J'aime ce que je fais, je bosse
40h par semaine pour le smic, mais j'adore mon métier, je me lève et me couche, fière de ce que j'accomplis (je suis nounou). Mais oui, les fins de mois sont difficiles (surtout quand tu te
retrouves avec 340€ d'impots locaux a sortir le même mois que Noel). En bossant moins à l'époque, à 27h par semaine, je touchais 150€ d'APL. Quand je suis passée à 30h, j'étais super contente, de
gagner un peu plus...bam plus que 20€ d'APL... en gros je bossais plus en vivant moins bien. Ce genre d'inégalité est navrante, je comprends (mais ne cautionne pas) que certains préfèrent rester
à la maison... c'est triste au fond...

Alice 05/12/2014 21:36



Je trouve cela ,avrant et je connais aussi beaucoup de personnes qui ont été ou sont dans cette situation.


Je ne comprends pas comment on ne peut résoudre cela, je me dis qu'un jour ça va forcément péter ce système taillé à la serpe