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De l'autre côté du miroir d'Alice

Quand la sensibilité devient un handicap (ou presque)

26 Septembre 2013, 18:56pm

Publié par Alice

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Qui n'a pas entendu parler ces derniers jours de l'affaire de la petite Fiona? Il faudrait être bien sourde pour être passé au travers des remous, des commentaires insultants, outragés à l'égard de la Maman ou du Beau-père.

Je tente de me boucher les oreilles, d'éviter sa photo en Une des journaux mais partout l'histoire sordide est là.

Cet après-midi, pour la première fois depuis des mois, je me suis installée seule sur le canapé, mes copies comme alibi sur mes genoux, et j'ai regardé Ombline. Un film de Stéphane Cazes qui raconte l'histoire d'une jeune femme accouchant en prison, gardant son enfant comme la loi le prévoit pendant 18 mois auprès d'elle, puis le laissant chez une famille d'accueil. Le film a du durer 1h35, j'ai pleuré 1h30, non stop, à grosses larmes. Interdit aux moins de 10 ans pourtant.

Je ne peux pas, je ne peux plus.

Cela fait bientôt 5 ans (depuis que je suis Maman) que je pense que ça va être passager, que ça va s'arranger mais c'est de pire en pire. Ce qui touche aux enfants, à leur souffrance, leur détresse me rend malade. Physiquement et moralement malade.

Des mois que je n'ai pas regardé un journal télé, que je ne vois plus (ou presque) de film, que je cauchemarde d'histoires entendues, qu'elles me poursuivent des journées et des mois. 

J'avais pensé me reconvertir dans le social mais malgré ma volonté d'aider, je ne contrôle pas la force de la compassion que je ressens. Plus le temps passe, plus je vis cela comme un handicap, je suis dans le transfert, je le sais, je le sens mais je parviens pas à désenclencher la sensiblerie/sensibilité.

Impossible de regarder un film avec L'Epoux qui a renoncé à trouver un film "type comédie" (selon mes injonctions) en commun. Alors je monte au second, à notre étage, de bonne heure pour lire car au moins, je peux sauter des lignes voire des pages pour éviter de me faire du mal.

Aujourd'hui, ce que je me demande c'est s'il faut tenter de guérir ou continuer d'adopter cette stratégie de fuite si bien rôdée (montrer des films à mes stagiaires et sortir de la salle une bonne partie de la séance), me concentrer très fort sur une pensée quand un intervenant comme celui que j'ai accueilli ce matin (commandant de gendarmerie) évoque des séances traumatisantes pour éviter que mes stagiaires idéalisent le métier.

Je ne peux pas dire que "je travaille" à accepter cette réalité car justement, c'est parce que je sais ces tragédies réelles que je ne supporte pas de les visualiser.

Je me demande juste finalement, si ce n'est pas une sorte de garde-fou pour aimer plus fort mes enfants chaque jour, pour supporter ces moments difficiles, ceux ou j'ai cru mille fois devenir folle de rage contre eux, ceux où quelque fois il suffirait d'un presque rien pour passer de l'autre côté, du côté de celles qui mettent une fessée, puis deux puis trois parce qu'elles ne trouvent pas d'autre issue.

Alors, chaque jour, je me couche le coeur gonflé d'amour, de tendresse pour ces petits que j'aime si inconditionnellement et si démesurément et je sais que c'est la première chose que je leur dirai dès qu'ils ouvriront une paupière, et que chaque minute je vais oeuvrer pour faire coïncider actes et pensées.

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petitdiable 27/09/2013 16:56


Quel bel article!


Qui me parle beaucoup, je pense être comme toi: pas moyen d'entendre des horribles histoires ou de voir un film où des enfants souffrent, ou pire. J'en ai même laissé des BD. Et même des séries
télé que, pourtant, j'adore.

malise 27/09/2013 10:40


Tes mots sont très beaux. Je comprends ce que tu dis par rapport au fait de travailler dans le social. Mon 1er boulotl était pour une association de défense des droits des consommateurs. Dis
comme ça, rien de très redoutable, mais en réalité cela réunissait toute la misère du monde, ou en tout cas de notre monde. Des couples surendettés et harcelés pour leurs impayés, des mamies
délaissées, des divorcés se déchirant pour leurs enfants. J'étais très jeune, et beaucoup trop ampathiques. J'ai beaucoup souffert durant cette période, j'avais l'impression d'avoir le devoir de
trouver des solutions pour eux, et ne pas y arriver me perturbait profondément. Bref, je suis passée à autre chose, et je sais que je ne suis pas faite pour ce genre de métier, alors j'admire
celles qui le font d'autant plus que je connais.


C'est sûr que d'avoir des enfants n'arrange rien, si j'en juge ma propre capacité à m'effondrer en larmes dès qu'un film parle d'un enfant (le dernier en date : la couleur des sentiments, ouille
ouille ouille!). Bien entendu, le tranfert est souvent inévitable, cela touche quelque chose de trop viscéral je crois. Peut-être que tu as raison, et que cette stratégie d'évitement n'est pas si
mal, à partir du moment où elle te permet de mieux vivre les choses ...

Ptisa 27/09/2013 09:30


à la télé chez nous il n'y a que des dessins animés, les infos je les ai au boulot, on reçoit la dépêche et je regarde le site de france info, donc j'ai zappé énormément de choses et j'en suis
bien contente. Pour Fiona, c'est FB qui me rattrappe, mes contacts partagent des articles et c'est insupportable, je zappe (j'ai bien aimé ton partage par contre de l'article qui parle de la
prendre en charge les mamans psychologiquement faibles avant l'irréparable). J'en ai toujours les larmes aux yeux, je ne supporte ni qu'on parle de maltraitance, ni de séparation, ni même
d'accouchement : mais je pense que c'est uniquement parce que je m'identifie moi et mes enfants à cette situation, alors que non, ce n'est pas à moi que ça arrive ni à eux. Donc j'évite, tant
pis, pour l'instant je n'ai pas le temps de me poser des questions sur cette émotivité (mais je veille à  vérifier que ça ne déborde pas sur d'autres sujets, on sait jamais !). peut être que
quand les enfants ne seront plus des bébés ça passera. On verra. Sinon, la vie en général c'est super violent. En Europe on est extrèmement privilégiés (et les femmes encore plus) qu'ailleurs
dans le monde.

anne-flore 27/09/2013 08:43


je suis très touchée par ton billet ! Moi aussi je tente de zapper systématiquement tout ce qui relève de ce domaine...Les trucs faits pour larmoyer, je zappe ! Forcément on transpose et on
s'identifie..C'est humain, c'est normal en tant que parents !


Et pourtant dans mon travail je suis confrontée à des histoires, des parcours de vie atrocs, très durs...Mais ce ne sont pas des petits et je crois qu'à force j'ai réussi à un tant soi peu mettre
une frontière entre ma vie privée et mon travail. Biensur parfois ça touche plus que d'autres et on ramène les histoires avec soi.


Non être sensible n'est pas un handicap , c'est un témoignage de la belle personne que tu es. Je t'embrasse.

Madame 27/09/2013 00:59


Comme je me retrouve à travers tes mots, cela fait 5 ans et plus que je pleure, que ma sensibilité est à fleur de peau. Je ne ferai aucun commentaire sur l'actualité, je pense à mon fils, sa vie
et je me dis qu'ils devraient tous avoir droit d'être choyés et aimés, prendre soin de lui au quotidien, lui dire que je l'aime, que c'est ma merveille c'est ma vie.


Ta conclusion est magnifique. Merci pour ce billet

Lydie Gazouillis 27/09/2013 00:37


Je ne suis pas maman et pourtant, tout ces faits divers qui touchents des enfants me heurtent profondément. Je me protège en zappant les JT, en évitant de lire les articles de presse sur le
net...

LMO 26/09/2013 22:46


Je suis un peu comme toi... Je me protège, j'intellectualise, je prends du recul... Sinon je m'effondre.


La vie est atroce parfois...