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De l'autre côté du miroir d'Alice

Molière à la campagne, d'Emmanuelle DELACOMPTEE

2 Septembre 2014, 05:00am

Publié par Alice

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D'anecdote en anecdote, Emmanuelle DELACOMPTEE retrace une année scolaire en tant qu'élève stagiaire à l'IUFM et enseignante en lettres modernes. L'absurdité de l'Education Nationale est mise en lumière, cette machine où chaque enseignant est un numéro, envoyé au gré des hasards et tirages au sort à l'autre bout de la France, du département, sans tenir compte des places disponibles et des désirs individuels.

Et puis cette formation, si peu en lien avec les réalités du terrain, où on enseigne l'interactivité en laissant les stagiaires s'endormir sur leurs tables, où le contenu de la formation semble si loin des préoccupations de ces jeunes enseignants “lâchés” sans armes en salle de classe.

Bien sûr, il y a ces collèges ou lycées où tout va, où les programmes sont respectés; mais ceux-ci sont l'exception.

 

Le livre dévoile aussi ce qui se passe entre les murs d'une classe d'un collège "de campagne" où les élèves ont tout de ce qui caractérise les jeunes des banlieues: prénoms américains, langage “imagé”, rapport à l'autorité, attitude caricaturale de certains parents. Les textes enseignés sont bien loin des centres d'intérêt et du vocabulaire quotidiens des jeunes : c'est ce que dévoile Molière à la campagne.

Il s'agit d'un document criant de vérité pour qui connaît l'enseignement, peut-être un peu destiné aux initiés qui pouvaient encore douter de l'incohérence du système éducatif (comme cet épisode où les profs de BTS remettent en cause le travail des profs de collège qui eux-mêmes remettent en cause le travail des professeurs des écoles).

Le document met aussi en lumière le niveau de français consternant de ces jeunes qui peinent à comprendre des énoncés, à formuler des phrases et à s'exprimer sans violence; ces conseils de classe où l'orientation pose problème où les choix ne peuvent être que de dépit, y compris pour un redoublement qui est proposé comme un espoir mais évidemment incompris comme tel.

On se pose la question de l'orientation professionnelle subie, de l'avenir de ces jeunes qui sont condamnés à l'échec. Et pourtant... il suffirait... que quoi? Qu'on remette à plat le contenu de ce qui est enseigné avec ce qu'il est nécessaire et plaisant de savoir ?

 

Molière à la campagne pose les anecdotes comme des clichés sur ce qu'est la vie d'un jeune prof, sans poser de véritable question, sans proposer de solutions. Au-delà du témoignage, il aurait été intéressant de savoir comment on garde l'énergie d'enseigner Molière et Voltaire à des jeunes qui peinent à comprendre l'intérêt de la grammaire, des rimes et narrateurs omniscients.

"Ça fait des semaines que je m'épuise, et ils ne savent toujours pas conjuguer les verbes être et avoir au présent! On dirait des poules devant un train! ça m'empêche de dormir! Et pourtant, j'ai quand même envie de les aider, je réessaye tous les jours, j'arrive pas à les lâcher! Mais pour qu'ils m'écoutent, je ne sais plus quoi inventer, j'ai plus d'idées!"

 

Merci au Grand Prix des lectrices Elle et aux Editions JC Lattès de lm'avoir permis de découvrir cet ouvrage.

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Laurence 09/09/2014 17:27


C'est interessant mais j'ai peur de sortir trop déprimée de ce genre de lecture ... je sais, je suis en mode autruche !!

La vie en Tisanie 07/09/2014 20:38


ça me donne bien envie de le lire, tiens! merci!

chocoladdict 02/09/2014 10:33


j'ai trouvé ce bouquin à la fois drôle et totalement désespérant (à quoi sert l'école en somme pour un certain nombre de gamins ? ) ...quant à l'énergie, j'ai vu passé dans Elle justement un
livre d'une prof qui préconise un certain nombre de solutions mais je suis incapable de te donner son nom ni même le titre du bouquin  (si je trouve, je repasse)