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De l'autre côté du miroir d'Alice

Fallait que je le dise

1 Avril 2014, 20:10pm

Publié par Alice

J'avais envie de partager avec vous un texte écrit ce soir à Monsieur Le Président de la République. Faute d'avoir un véritable relais médiatique national (et pourtant notre mission est bien loin d'être locale), je ressens ce soir le besoin de faire entendre ma colère et mon indignation :

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"Monsieur le Président

Je me permets de vous transmettre mon indignation, mon incompréhension qui va bien au-delà de la situation professionnelle dans laquelle je me trouve, moi et mes collègues, moi et mes stagiaires aujourd'hui.

J'enseigne dans un institut de formation qui accueille majoritairement des jeunes issus de tous les départements d'Outre-mer, en situation de précarité (familles monoparentales, parents au chômage) recrutés donc sur critères sociaux. Ils arrivent donc chez nous, dans le Nord de la France, au prix de gros sacrifices familiaux notamment. Nous les accompagnons durant 9 mois vers la réussite professionnelle par le biais de la préparation aux concours (mais aussi formations diplômantes car nous avons su évoluer) 80 % de réussite. Des jeunes qui parviennent à combattre le triste sort qui les guettait en restant dans leurs départements.

9 mois, 1 an, 3 ans voire des dizaines d'années après nous recevons des témoignages, des visites de ces jeunes devenus professionnels infirmiers, assistants de services social, aide-soignants, gardien de la paix... Cela fait 35 ans que l'Institut contribue à ces réussites et 15 ans pour ma part que je suis fière de ma mission, d’œuvrer pour les jeunes de mon pays.

En 2010, sous la présidence de Sarkozy les crédits ont été amputés (prétextant une mauvaise ligne budgétaire). JAMAIS notre mission, JAMAIS nos résultats et notre utilité n'ont été remis en cause (après visite de l'IGAS il y a 7 ans). Juste une histoire de ligne budgétaire. Nous avions tant espéré en la justice sociale incarnée par la gauche, tant espéré de vos discours sur la formation professionnelle, la jeunesse...

3 ans, quasi 4 après, rien n'a été fait, rien n'est proposé. Il est certain que faute de solutions, nous fermerons en juin, laissant 50 salariés dévoués à une cause presque plus qu'à leur métier, laissant des centaines des jeunes dans l'espoir d'intégrer notre Institut.

Je ne comprends pas dans quelle France nous leurrons ces jeunes sur la foi que l'Etant porte en eux (plus de 200 ultramarins accueillis chaque année en plus des normands bien sûr), quel avenir, quelles promesses d'ascenseur social leur offrons nous? Si même l'Etat n'estime pas que cela vaille peine de se battre pour leur avenir?

Très égoïstement, très lucidement, j'ai peur pour mes enfants.

Je suis abasourdie par le mépris avec lequel on considère leurs chances d'avenir. Je n'imaginais pas non plus que l'Etat soit aussi maltraitant avec les salariés (nous sommes soit fonctionnaires soit employés en contrat de droit public dans un GIP) qui ont servi noblement sa cause.

Aujourd'hui le 1er avril, je m'apprête à quitter dans une poignée de semaines, peut-être la dernière promo. Plus de 300 stagiaires attendent "à notre porte" en septembre. En septembre nous, salariés, serons à la porte de Pôle Emploi, remerciés pour nos "bons services" sans que nous ne comprenions en quoi nous sommes désormais inutiles à ces jeunes qui refusent le RSA, qui refusent la misère et qui sont prêts à tant de sacrifices pour s'en sortir.

J'aimerais enfin conclure Monsieur le Président, en vous précisant qu'au lieu de chercher des solutions qui n'existent pas encore, faites le point sur ce qui existe déjà et ce qui fonctionne. Il est certainement beaucoup plus efficace de mettre quelques milliers d'euros dans le fonctionnement de notre Institut que dans le paiement mensuel de centaines de RSA ..."

Si vous qui passez par là pouvez nous aider de quelque manière que ce soit en relayant notre indignation, c'est avec plaisir que je répondrai à vos questions.

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lizagrèce 06/04/2014 09:00


Il va falloir s'habituer à ne plus vivre sur nos acquis. Une sorte de retour en arrière. Ici, par exemple, l'hiver on ne peut plus se chauffer normalement tellement le prix du fuel domestique est
exhorbitant (et toutes les maisons ont été équipées de chaudières à mazout parce qu'il y a quelques années on nous expliquait que ce n'était pas cher) . Ici, les Grecs en ont pris leur parti et
ils se sont ouverts les uns les autres, en développant la solidarité et en repartant vers les valeurs d'il y a deux décennies. C'est en fin de compte ce qui les sauve et ce qui fait que la vie
est envisagée d'une autre manière.

Alice 11/04/2014 21:58



Merci pour cet éclairage très intéressant!


Ici je pense que la solidarité n'apparait pas encore comme un impératif, très loin de là d'ailleurs. Mon sentiment c'est qu'elle n'existe pas vraiment de "jeune à jeune". Autant je connais toutes
les personnes âgées de mon quartier, je les aide et elles sont adorables, autant les gens de notre âge sont plus méfiants, plus individualistes.


 



CastorSimone 05/04/2014 23:45


Je te comprends parfaitement pour la reconversion en dehors de l'Etat et de l'educ nationale. J'y pense de plus en plus également.


J'aimerai pouvoir faire une école parallèle, en dehors du système. Mais je rêve doucement ^^

Alice 11/04/2014 21:56



Où bosses tu? Education nationale?



Mamievlin 03/04/2014 16:00


C'est vraiment absurde cette situation et franchement dur d'être aussi impuissante pour vous aider. Si j'aime aussi peu la politique, c'est beaucoup à cause de ça : de grandes paroles et peu de
concret, des écrans de fumée de part et d'autre, ils semblent être tous si loin de la réalité. Je te souhaite, comme les autres ont pu le dire précédemment, un revirement avant la fermeture, même
si on sent à te lire que tu n'y crois plus... Je te souhaite aussi sincèrement un avenir plus joyeux professionnellement que ces derniers mois difficiles dans ton Institut. 

Alice 05/04/2014 21:34



Ma fierté c'est cet article et me dire que ça a fait mouche


http://www.la1ere.fr/2014/04/03/l-inquietude-grandit-l-ifcass-140001.html


 


et apprendre que cette lettre est parvenue entre les mains de la nouvelle ministre qui nous avait soutenus, qui était venue visiter n'établissement, rencontrer des stagiaires il y a 3 ans!



La vie en Tisanie 02/04/2014 21:55


c'est à n'y rien comprendre en effet.... je t'envoie tout mon soutien, en espérant que les quelques mois qui restent verront un retournement de situation en votre faveur!

Alice 05/04/2014 21:51



je l'espère!! mon courrier semble faire mouche, la nouvelle minsitre de l'outre mer l'a lu !



Laurence 02/04/2014 17:34


Je ne peux que te soutenir mais j'ai du mal à t'apporter de l'espoir ... et aujourd'hui peut-être encore moins qu'hier ! Vous dépendez de quel ministère ? peut-etre un de ceux qui sont passé aux
oubliettes dès aujourd'hui ... quelle misère !!!

Alice 05/04/2014 21:53



Originellement affaires sociales mais c'est eux qui nous ont lâchés comme des malpropres.


Aujourd'hui Outremer et la nouvelle ministre nous aviat soutenus il y a 3 ans, j'avais déjeuné avec! elle était venue nous rencontrer, ainsi que les stagiaires! elle a semble t il, lu mon
courrier qui a été relayé


http://www.la1ere.fr/2014/04/03/l-inquietude-grandit-l-ifcass-140001.html



lizagrèce 02/04/2014 12:09


Malheureusement, les gouvernements se suivent et se ressemblent et les banques sont la priorité de nos sociétés. Pour les renflouer tout est bon et c'est le peuple qui en fait les frais. Pour le
social, on rogne. La santé coûte trop cher, les vieux coûtent trop cher, les malades coûtent trop cher, les jeunes accouchées, les handicapés et bien entendu les jeunes.


On ne parle plus que d'économies, de restrictions, d'austérité. On gère les pays d'Europe comme des boutiques, pas comme des états qui investirait pour des projets d'avenir. Tout est étriqué et à
court terme.


Je ne sais que dire devant ce témoignage que je trouve bouleversant. Je me sens impuissante et en rage.

Alice 05/04/2014 21:54



Pareil... dans quel monde faudrait il que j'aille élever mes enfants? 


je suis dépitée...



CastorSimone 02/04/2014 09:28


Je te soutiens totalement et comprends parfaitement ton indignation.


Les craintes pour l'avenir que tu exprimes, notamment pour tes enfants, je les conçois parfaitement. Et c'est cette peur irrationnelle que j'ai de l'avenir (déja du mien, à 27 ans, diplomée par
des diplomes qui servent à rien mais me plaisent) qui fait que je refuse d'avoir des enfants. 


Pourquoi faire des enfants pour les laisser dans ce monde actuel ?


La politique m'écoeure, elle m'a toujours écoeurée, la mauvaise foi et l'hypocrisie de nos dirigeants me donnent envie de pleurer de rage.


Ne lache rien.


Courage !

Alice 05/04/2014 21:56



Merci beaucoup pour ton soutien, je ne lâche rien même si j'y fous une énergie démesurée


mon courrier a été relayé et cela m'a fait chaud au coeur !


http://www.la1ere.fr/2014/04/03/l-inquietude-grandit-l-ifcass-140001.html


Il n'empêche que si je pense reconversion, ce n'est pas vers l'Etat et l4education nationale que j'ai envie de me tourner ;/


 



anne-flore 02/04/2014 09:02


 


Je suis très émue part ton courrier et partage entièrement ton ressentiet ton analyse !


Tu l'as envoyé ? Communiques le peut être à la presse locale, voire au delà ? Personnellement je ne sais pas trop comment relayer...


J'espère de tout coeur qu'il y aura un revirement de situation. Courage à toi et à vous tous. ne cessez pas la mobilisation.

Alice 05/04/2014 21:57



Oui, je l'ai envoyé au destinataire et plus (presse nationale)


http://www.la1ere.fr/2014/04/03/l-inquietude-grandit-l-ifcass-140001.html


je l'ai envoyé aussi au 1er ministre er nouveau ministre de l'outremer (voir réponses précédentes)


merci Anne Flore



Madame 02/04/2014 03:43


Comme je comprends ton indignation et cette décision est totalement absurde, pourquoi préférer payer des personnes au RSA plutôt que les laisser se former dans un centre sur et perein? La
politique, les choix faits manquent de sens et ne prennent pas l'humain en considération. Je suis terriblement désolée pour toi et tes stagiaires. On ne peut que te souhaiter une prise de
conscience et une action positive tardive. Courage.

Alice 05/04/2014 21:58



Merci beaucoup. Je continue à espérer, au détriment d'une véritable réflexion présente sur mon propre avenir !