Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
De l'autre côté du miroir d'Alice

Découvrir l'incarcération (part.1)

28 Juillet 2012, 09:00am

Publié par Alice

 DSC01490-copie-2

Non je n'ai pas piqué le sac à main d'une mamie dans la rue ni détourné de l'argent public, j'ai simplement lu un livre et visité une maison d'arrêt.

Depuis j'y pense sans cesse et me questionne sur ce que j'ai vu/lu/entendu/ressenti. En fait, voilà, tout n'est évidemment pas si manichéen: les surveillants ne sont pas des tortionnaires, les prisonniers des bandits et les prisons des lieux d'insalubrité.

Dans la peau d'un maton d'Arthur FRAYER, c'est l'histoire d'un journaliste tout juste diplômé intrigué par le milieu carcéral, et dépité de ne pouvoir y entrer en tant que journaliste. Il décide donc de passer le concours de surveillant pénitentiaire, le réussit et intégre l'ENAP (Ecole Nationale d'Administration Pénitentiaire) pour y suivre la formation, formation qui comprend des périodes de stage en prison.

Ce que j'ai aimé c'est qu'au début du récit, le journaliste se sent vraiment "à part", différent de ce monde de brutes. Puis petit à petit lui même découvre que finalement, la violence n'est pas uniquement du côté des "matons", que la frontière entre le bien est le mal est biaisée par un tas de codes, procédures, mesures de sécurité.

Chacun a un intérêt qui met en jeu celui de l'autre: les surveillants doivent penser "SECURITE", la leur, celle de leur lieu de travail et des prisonniers à chaque geste effectué, tandis que ceux qui sont derrière les barreaux penseront chaque seconde à leur intérêt, à ce qu'ils peuvent gagner en miettes de dignité et de "confort".

Le témoignage est très réaliste, évite les prises de position justement très moralistes ou humanistes. Arthur FRAYER s'interroge en tant qu'être humain sur ce qu'il peut entendre, voir, faire: la fouille et le fait de demander aux détenus de se déshabiller lui est intolérable. 

Ce qu'il livre aussi, ce sont les conditions de travail d'un surveillant qui sont difficiles: la fatigue des rythmes (matin/nuit/soir) use, la tension et la cadence à laquelle il faut effectuer des gestes, qui, même banals (distribution des repas), sont importants car ils sont pour les détenus une des quelques occasions quotidiennes de communiquer avec l'administration et de lui soumettre des requêtes.  Les salaires qu'on peut estimer confortables (un peu moins de 2000 euros) sont autant d'heures supplémentaires effectuées, de nuits travaillées, de risques pris à cause de la surcharge de travail.

J'aurais toutefois aimé une seconde partie, avec une analyse plus personnelle, en lien avec les débats d'actualité (l'OIP, l'Observatoire International des Prisons) qui dénoncent les conditions d'incarcération, les grèves et revendications des personnels de la pénitentiaire. J'aurais aussi aimé qu'Arthur FRAYER, un des rares à publier un récit sur ce sujet, "creuse" un peu son sujet, évoque la loi Pénitentiaire de 2009 (lorsque R. Dati était garde des Sceaux) qui a remis les conditions de détention au centre des préoccupations, ou qu'il réfléchisse à des ébauches de solutions, réponses.

Ce récit est très personnel, les parenthèses amoureuses concernant Gaëlle, sa conjointe semblent un peu hors-sujet mais peut-être faut il que, pour "tenir" l'objectif qui est le sien, il ancre son récit aussi dans sa vie réelle, celle dans laquelle "il ne joue pas le rôle d'un maton".

Etant donné la longueur de ce post et le peu de temps au calme dont je dispose, je rédigerai un autre post (qui s'intitulera "Découvrir l'incarcération, part. 2" à propos de la visite que j'ai effectuée dans une maison d'arrêt.

 

Commenter cet article

Rebecca & Giulia 30/07/2012 11:39


Je suis complétement "la tête dans le pénal" et c'est plutôt rare de rencontrer des mamans qui s'intéressent à ce thème qu'est l'incarcération.. j'ai donc été ravie de tomber sur ton post. Tu
m'as de plus donné envie d'acheter ce bouquin pour la rentrée (oui pr les vacances je décroche du droit ^^)

catherine 30/07/2012 10:41


je ne connais pas cet univers. Mais un film m'a marqué "un prophète". Il est passé un dimanche soir et je ne voulais absolument pas voir un film sur ce sujet. Je voulais quelque chose de plus
enjoué pour terminer mon week-end. Mais le film à commencé et je me suis laissé piéger. Il m'a hanté plusieurs jours/semaines après et j'en garde un souvenir fort..