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De l'autre côté du miroir d'Alice

8 ans.

7 Novembre 2016, 06:20am

Publié par Alice

8 ans.

8 ans. Et tu ne me ressembles pas, et puis si quand même beaucoup. Quelque chose dans ta manière de grandir, en toi, résonne en la petite fille que j'ai été.

Cette force de la nature, solide et massif comme du bois, comme si tu étais né en forêt, entre deux champignons rares qui se cacheraient sous les feuilles, et une cabane que tu te serais tant appliqué à bâtir.

Pêcheur, cueilleur, chasseur, petit d'homme qui se suffit de rien mais si souvent dans l'ennui parce que ce que tu n'as pas envie de faire un quelconque effort, qu'il soit intellectuel ou physique. Il faut jouer, même si c'est difficile ou complexe, mais ton intérêt doit passer par le jeu et la gagne surtout. 

Le petit d'homme des paradoxes, celui que je ne saisis pas toujours dans les méandres de sa pensée.

Tu manies les chiffres avec un naturel qui me déconcerte totalement : Tous ces calculs que tu te refuses à poser, comme l'impose l'apprentissage ; toutes ces combinaisons et autres stratégies que tu t'appliques à mettre en action sur un échiquier. A contrario il y a ces centaines de bande-dessinées déjà lues (pas de roman, vous comprenez, c'est fatigant...) mais cette orthographe si hasardeuse, si phonétique qui va à l'essentiel, et qui m'inquiète un peu quand même.

Très intrigué par les sentiments, ta compréhension s'arrête à l'histoire de la petite graine (aux dernières nouvelles il s'agissait d'un pépin de raisin) qu'un jour Papa a planté dans le ventre de Maman, en lui faisant l'amour, c'est-à-dire en l'embrassant sur la bouche. Si ce n'est pas exactement cela, ce n'est pas important, tu t'en accommodes. En revanche savoir pour qui nous allons voter, et pourquoi les migrants, ça, ça t'intéresse et te questionne.

Tu aimes beaucoup. Ton amitié est forte, quelquefois exclusive. Pour être aimé, tu distribues sans modération: bonbons, cartes Pokemon... Ta maladresse me touche, j'aimerais qu'elle m'agace moins quelquefois, quand tu te niches dans mes bras, me caresse les cheveux brusquement. Tu n'as pas toujours conscience de ta robustesse et il ne faut pas que ceux qui t'aiment oublient que derrière ton côté "costaud", tu es fragile et si naïf.

Ta confiance en toi et ta modestie sont aussi fortes que ton besoin de briller. Et souvent, tu fais des bides. Tu voudrais tellement être déjà grand, déjà autonome. Quand cela ne te fait pas éclater de rire, cela te met dans une tristesse folle. Le grand huit des sentiments et des crises... Difficile de t'enseigner la modération... Ton goût pour les écrans en fait d'ailleurs les frais.

Tu réfléchis vite, beaucoup, tout le temps. Peut-être trop, et le sommeil s'empare difficilement de toi. 

Petit garçon excessivement gourmand, il te faut tout goûter, rien ne te fait peur. Aventurier depuis ton canapé, tu y es si bien qu'il est difficile de t'en déloger. Toujours ces paradoxes. Si on n'a rien à te proposer d'intéressant (entendez la vie quotidienne = courses, bibliothèque...), tu refuses d'en bouger.

Nous avons de la chance que tu ne grandisses pas trop vite, qu'il te reste tant de choses à conquérir, dompter, notamment tes peurs. Plus les années passent et plus c'est vers ton Papa que tu vas, plus vous trouvez des plaisirs communs : la cueillette des champignons, les échecs, la pêche, les jeux vid'... je vous envie parfois car cela semble si simple entre vous. Cela ne m'empêche pas, chaque matin de te serrer fort dans mes bras, de savourer ton baiser que tu me donnes devant tous, celui que tu offres à ton petit frère, qui par jeu, le refuse pour mieux en être malheureux sitôt que tu entres dans la cour de l'école.

Des fois, je crois que je ne sais pas bien te dire combien je t'aime. Des fois je me sens aussi maladroite avec toi que tu l'es avec moi. J'aurais envie que tu redeviennes tout petit pour que tout soit évident, que je te protège contre ce qui pourra d'avance te blesser, en grandissant.

Des fois j'ai huit ans avec toi parce que mon rôle de Maman, je le découvre et le réapprends jour après jour avec toi.

 

 

( Il y a eu aussi par ici tes 7 ans, 6 ans, 5 ans, 4 ans

Commenter cet article

labonoccaz 09/11/2016 08:13

très très beau texte plein d'émotions ;) plus tard il sera fier de te lire et voir combien tu l'aimes ;)) de gros bisous et un joyeux anniversaire ( en retard sur le blog pour moi )

Miss Zen 07/11/2016 13:26

Quel beau texte. Comme il sera heureux et ému de les découvrir plus tard. Il y a tout l'amour, l'inquiétude, la joie, la tendresse d'une mère. Je me reconnais parfois dans ta vision de ton fils. C'est magnifique. Joyeux anniversaire

PetitDiable 07/11/2016 12:25

Bon anniversaire!

sophie bazar 07/11/2016 09:09

C'est du Doisneau cette photo ! Happy 8 jeune homme, Happy 8 Maman !

MHF 07/11/2016 07:36

Bon anniversaire et belle journée....
Magnifique texte