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De l'autre côté du miroir d'Alice

Au temps où les Arabes dansaient

19 Mars 2015, 21:41pm

Publié par Alice

Il s'agissait ce soir, de mon premier spectacle de danse contemporaine. Je suis arrivée assez vierge de toute critique, de tout résumé. Et, je dois l'avouer un peu effrayée à l'idée de ne pas avoir accès à cet art, tellement habituée aux mots.

 

Dans un premier temps déroutante, la scène sans décors, sans musiques, s'est ouverte sur quatre danseurs en pantalon de toile et chemise, roulant des hanches, dans des mouvements semblables mais différents, sur des corps dissemblables.

Et puis, progressivement je me suis sentie à l'aise avec ces corps en mouvement, ces déhanchés parfois desarticulés, ondulant, gracieusement ou plus violemment. J'y ai perçu des volontés, des intentions.

La musique s'est mêlée, parfois, pas celle véhiculant des clichés sur les "danseuses du ventre", un  projecteur diffusait des extraits de films d'époque, montrant des femmes séduisantes, aguichantes en tenue de danse. Des femmes fumant, des femmes libérées. C'était pourtant autrefois et les femmes aujourd'hui portent plus communément le voile et pas un centimètre de peau n'est visible.

 

A l'issue de la représentation, le chorégraphe, Radhouane El Meddeb et son assistant, ainsi que les quatre danseurs, sont se sont mêlés au  public, répondant ainsi aux questions.

Aucune volonté d'imposer un point de vue, une histoire, chacun est libre d'interpréter (pour les danseurs mais aussi pour les spectateurs) en fonction de son propre rapport au corps, à ses hanches, à son nombril, à son sexe.

Non, "au temps où" les Arabes (hommes) n'ont jamais dansé ainsi.

 

J'ai envie d'inaugurer une rubrique en accord avec ma résolution de 2015 consistant à faire de 2015 mon année culturelle : le vendredi j'aimerais venir raconter ici un spectacle, un article, un livre, un film, une rencontre, une toile, un artiste qui m'a ouvert l'esprit.

Je vous invite d'ailleurs à partager aussi vos découvertes, car ce n'est pas seule dans mon canapé que je conçois et aime la culture...

 

Pour finir, voilà un article qui éclaire le spectacle :

Le danseur et chorégraphe tunisien Radhouane El Meddeb présente un vibrant hommage à la liberté des corps en mouvement. Dans un acte de révolte face à la montée des obscurantismes, quatre hommes transgressent les tabous qui enveloppent la sensualité des mouvements d’un bassin.

« Cette pièce, initialement un projet de cabaret, a, au fil des répétitions et des événements politiques, évoluée vers plus de radicalité. J’ai été comme empêché d’aller vers la forme du cabaret pour célébrer ce monde disparu.

Les Arabes ont longtemps vécu sur des rythmes magiques, ceux des films des années 40, 50, 60 et 70… avec leur féérie, leur décor de carton-pâte et leur atmosphère toute faite de faux et de clinquant. Les acteurs chantaient sans cesse, dansaient, s’aimaient sur les grands écrans des nombreux cinémas, puis dans le cadre des télévisions des salons familiaux. Sans condamnation, sans prohibition, nous contemplions le monde brillant, laqué et fardé de ces demi-dieux de la comédie, nous suivions leurs drames et leurs émotions, nous fredonnions les chants qu’ils entonnaient.
 
La danse du ventre survenait, elle prenait sa place, en acmé du film ou du spectacle, comme en son centre. Le ventre et son nombril étaient le lieu où convergeaient nos regards fascinés.
 
Aujourd’hui que la nostalgie elle-même semble lointaine, alors que nous repensons à cet âge d’or, à ces années de gloire et de fausses blondeurs, la danse (des) arabe(s) apparaît comme l’épicentre de secousses à venir, le nombril semble vibrer et vriller, au bord du précipice, flirtant avec le chaos.
 
La violence de notre monde a pénétré le carton-pâte des décors, elle le renverse pour en signifier la fin, la fin d’un temps qui n’était qu’illusion, une illusion douce, sucrée, ronde.
 
Au temps où les Arabes dansaient… est l’écho lointain de ces chants et ces danses, pris dans la tendresse de l’espoir et du souvenir, dans la ferveur des cœurs et des corps. C’est aussi l’une des faces d’un présent cruel, terne et frappé de stupeur. »
 
Radhouane El Meddeb

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monica 26/03/2015 11:38

Sympa ta resolution!

Alice 26/03/2015 21:14

Je m'y tiens et ça me fait du bien :)

flipperine 21/03/2015 23:05

il y avait de bons moments quand les gens dansaient

AnneLaureT 20/03/2015 12:05

C'est magnifique, et évidemment, me rappelle que ça fait bien (trop) longtemps que je n'en ai vu sur scène. Je suis une grande fan de danse contemporaine, et nous avons de la chance ici, il y a tout ce qu'il faut pour me satisfaire. Et j'ai eu l'occasion de faire de formidables découvertes en la matière l'an dernier au cours de ma formation.
En contrepartie, j'ai toujours beaucoup de mal à en parler, ce que je ressens devant un spectacle, quel que soit son "niveau", est tellement viscéral qu'il m'est difficile de trouver les mots pour le dire. Pour le coup, je partage assez l'avis de Choco.

Très belle idée en tout cas que ce rendez-vous culturel du vendredi !

Signée : une Jean-Louis Murat addict...! ;-)

*

chocoladdict 20/03/2015 08:51

d'abord chapeau de chroniquer un spectacle de danse c'est quelque chose que je trouve vraiment très compliqué ...j'ai vu un certain nombre de danse contemporaine (et j'ai envie de dire le pire comme le meilleur), j'ai une approche pas du tout intellectuelle de ce genre de spectacle...mon copain veut toujours connaitre l'histoire, la signification, les intentions ..j'appréhende ça viscéralement : est ce que ça raisonne en moi ? est ce que ça m'émeut ? est ce que ça me touche ? un peu comme pour les romans et pour les films finalement sauf que là l'histoire est évidente ...souvent je suis aussi touchée par la prouesse technique, le travail que je vois derrière et ce don des danseurs dans leur grâce, dans la perfection de leurs mouvements peut m'émouvoir aux larmes (bon c'est un peu hors sujet mon commentaire ))

Ptisa 20/03/2015 08:45

merci pour ce partage, la danse c'est pas mon truc non plus mais je pense que je finirai par amener les filles à des spectacles ...

lizagrèce 20/03/2015 07:08

Merci pour ces 4 minutes de bonheur dès le matin. Je suis férue de danse contemporaine. Normal ! puisque c'est un milieu dans lequel j'ai travaillé plusieurs années. J'ai même enseigné cette discipline.
Ce spectacle a l'air d'être non seulement très abouti au niveau de la gestuel mais aussi dans cette liberté qu'il véhicule. Liberté si chère en ces temps troublés où il y a quelques jours encore des terroristes ont commis des crime envers les Tunisiens pour atteindre leur démocratie balbutiante. Ce qui est intéressant aussi c'est de parler du corps, et que ce soit des hommes qui le fassent. Les femmes françaises qui "choisissent" de s'emprisonner dans du noir ne se rendent pas compte que cet enfermement n'est autre que politique et n'a rien à voir avec une quelconque tradition.Elles se mettent du côté des "hommes en noir" ceux qui ont tenter d'assassiner la Tunisie.

MamieVlin 19/03/2015 22:59

Rolala, je vais adorer ta nouvelle rubrique moi ! Je suis une grande fan de danse contemporaine, j'ai longtemps pratiqué et j'essaie aujourd'hui de rester au moins une spectatrice assidue. J'adore les spectacles de Preljocaj que je te recommande si tu as la possibilité d'en voir. C'est une discipline assez ouverte je trouve, qui permet à chacun de s'approprier l'histoire racontée par les mouvements du corps. J'aimais le rapport à l'espace, les sensations que procurent cette danse. Ralala, tu me donnes envie d'aller m'assoir admirer à nouveau des danseurs. Merci !